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Comment penser un droit pour l’alimentation ?

L’Institut Michel Serres présente ce Dossier spécial paru en mai dans la revue Droit et société no. 101/2019, avec la coordination de Fabrice Riem, l’Introduction nous incite à « Penser autrement le rapport du droit et de l’alimentation ».

Alain Bernard, François Collart Dutilleul, Fabrice Riem racontent :

"L’alimentation et le droit entretiennent un lien étroit de parenté, de parenté étymologique tout au moins. En latin le mot ius désigne deux choses. D’une part, il signifie le « jus » exprimé par pression d’un fruit ou d’un légume, toute substance qui s’écoule d’un corps soumis à un procédé de transformation, dont la cuisson, la « sauce » d’un plat ou un bouillon par exemple. D’autre part, il désigne la norme juridique, le droit.

Comment expliquer le passage de l’un à l’autre ? Robert Jacob écrit : « un regard cursif sur l’anthropologie de la parole, non seulement dans le monde antique mais dans le monde entier, fait voir partout des métaphores qui classent les diverses formes de la parole par homologie à des fluides : des miels, des sucs, des huiles et bien d’autres ». Cette piste, écrit-il, « mène droit au sacrifice et à la commensalité sacrificielle, comme matrice symbolique du ius normatif ». Le lien établi entre cuisine et parole semble a priori étonnant. Pourtant la langue d’aujourd’hui conserve des traces de cette filiation. Le juge d’instruction désirant obtenir les aveux d’un suspect, le « cuisine ». Il tente de libérer un flux intérieur qui « s’exprime », comme on exprime le jus du citron.

Dans la marmite romaine on retrouve bien des éléments de l’humaine condition. La nature, puisque les éléments qui composent le brouet en proviennent ; les dieux, destinataires du sacrifice ; les autres hommes, participant au festin et le droit, convive inattendu.

L’aliment situe l’homme au sein de la nature...
L’aliment situe l’homme au sein de la société …
L’aliment donc relève du politique et du droit, bien plus que de l’économie au sens moderne.

… La sécurité alimentaire peut être confiée à l’Etat ou au marché. Il faut avoir à l’esprit que la sécurité alimentaire se définit comme portant une très grande exigence. Les Etats membres de la FAO, en effet, ont décidé de retenir que « la sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active ».
...La FAO assigne cette mission aux Etats, mais en leur prescrivant de l’assumer en favorisant « un système commercial mondial à la fois juste et axé sur le marché ». Pour la FAO, c’est du marché que vient la justice s’il est soutenu par chaque Etat.
… Aujourd’hui des fictions, les compagnies commerciales et financières, ont pris les commandes de nos vies. Les personnes « morales », des fantômes, décident du contenu de nos assiettes. Des entités multinationales maîtrisent tout, de la production à la distribution des aliments. ... Par les fictions, le droit permet des miracles".

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Le ton est donné, surtout qu’en avant-propos Michel Serres joue avec ressources - ressourcement, pour nous donner envie de changer d’ère. En concluant : Utopie, peut-être. Mais existe-t-il une nouveauté dans l’histoire qui n’ait commencé par une utopie ?

Suivent des articles avec des questions comme les « besoins fondamentaux », « droit à l’alimentation et droit de l’alimentation », la « guerre des images et agriculture », « aliment et marché », « dialogue entre droit et sciences de la nature ».

En conclusion, ce dossier est une brique indispensable à la démarche « Contrat Naturel – santé commune » que nous avons présenté dans le billet précédent :
http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article604

Publié ou mis à jour le 29 mai 2019