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Santé 2019, la partie immergée de l’iceberg

Deux de nos publications s’attachent à définir une approche systémique des grands défis du présent. Les mots-clés pourraient être : au-delà du climat, resources, la chimie d’origine humaine, la nourriture, la santé.

La première publication [1], co-signée avec des chercheurs de l’EPFL et de l’Université d’Oslo en 2018, pose les fondements juridiques et politiques permettant de relier la gestion responsables des ressources et la « santé commune » (l’ensemble indissociable de la santé des personnes, des sociétés et des milieux naturels). Celle des personnes tient en bonne partie du ressort des probabilités et concerne chaque individu. La santé sociétale est surtout une question de convention et d’organisation dont toute personne devrait bénéficier. La santé de la nature chapeaute l’ensemble. Les trois composantes font l’objet de documents actés ou en négociation au niveau des Nations unies, mais leurs prise en considération politique et économique n’est pas à la hauteurs des attentes sociétales.
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Principales constatations :

  1. Les êtres humains sont très soucieux de leur santé et sont, en même temps, individuellement et collectivement, fortement axés ressources. Ces dernières sont gérées de manière non durable à tous les niveaux.
  2. Nous avons identifié l’inégalité en matière de santé publique comme déterminant politique majeur. Ceci est problématique, car la santé est une valeur universelle, une condition préalable, un résultat et un indicateur de sociétés résilientes.
  3. Les biens et services de la nature sont le fondement ultime de la vie et de la santé, mais la crise environnementale reflète la dépréciation des ressources naturelles planétaires.
  4. La surconsommation des ressources est un signal d’alerte précoce de vulnérabilité socio-écologique, le social et les milieux de vie étant intimement liés.
  5. Les principaux défis actuels ont comme dénominateur commun la gestion des ressources. Pour faire face à ces défis, la gouvernance, à multiples niveaux, n’est pas équipée avec les outils d’une approche holistique fondée sur des acquis scientifiquement établis. Il n’existe pas de programmes inclusifs de recherches et de formation traitant des ressources comme un tout.
  6. Les ressources, y compris les ressources humaines, constituent la matrice des systèmes de pouvoir politique et économique. Elles ont été à l’origine des hauts et des bas de l’histoire du monde et constituent maintenant un défi global insidieux.

Pour s’attaquer à ces problèmes, l’article propose une approche centrée sur les ressources au service des politiques publiques en associant les droits et les devoirs des personnes et des collectivités à une ré-allocation socialement juste des ressources et à la responsabilité environnementale. Afin de faciliter leur mise en œuvre, l’acceptation sociétale passe par la « santé commune ».

Dans la deuxième publication [2], la notion de « seuils planétaires » (planetary boundaries en anglais), a été disséqué pour identifier les processus qui concentrent les grands enjeux pour les 5-10 années à venir : l’agriculture, en tant que système alimentaire (de l’assiette au champ), et le dérèglement physico-chimique global. Ce dernier concerne les pollutions dans leur ensemble (eau, sols, air) qui exposent tous les êtres vivants à des cocktails chimiques dont la composition change avec l’espace-temps. L’intensification chimique correspondante affecte quotidiennement les sociétés à grande échelle : l’industrie chimique et autres activités humaines représentent 144 000 produits distincts libérés dans la nature, dont les volumes ne font qu’augmenter.

Ainsi chaque individu vit-il en intimité (à table, au travail, à l’école, en vacances) avec ces cocktails surprenants (antibiotiques, pesticides et herbicides, perturbateurs endocriniens, sans oublier des matières plastiques, des métaux lourds et micro-particules). La caractéristique principale de cet ensemble est la nature insidieuse des risques qu’il comporte. Il s’agit de risques lents pour la santé des personnes et des milieux naturels. Cette exposition dynamique et permanente au « dérèglement chimique », dont les effets ne seront jamais mesurés et compris pour eux-mêmes, soumet en temps réel le vivant, populations humaines comprises, à la sélection naturelle (désordres du développement, stérilité, cancers et mortalité, mais aussi adaptations et mutations génétiques). La solution proposée : une simplification chimique visant à réduire massivement, à repenser le design, à recycler autrement nos molécules et particules.

En résumé, les deux publications mettent en lumière des facteurs primaires interdépendants d’une intensification du dumping social et écologique. Ils alimentent l’essentiel du dérèglement climatique et de l’érosion de la biodiversité, mais n’émergent pas en tête de liste des agendas politiques, scientifiques et sociétaux, malgré le fait qu’ils engagent des décisions politiques vitales en matière de santé commune et de gestion des ressources.

Ioan Negrutiu, janvier 15, 2019

Publié ou mis à jour le 15 janvier 2019

Notes

[1Acunzo D, Escher G, Ottersen OP, Whittington J, Gillet Ph, Stenseth N, Negrutiu I (2018) Framing planetary health : Arguing for resource-centred science. Lancet Planetary Health 2 : e101-e102 et http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article570

[2Arguello Velazquez J, Negrutiu I (2019) Agriculture and global physico-chemical deregulation / disruption : planetary boundaries that challenge planetary health. Lancet Planetary Health 3 (2019) pp. e10-e11 (https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S2542-5196%2818%2930235-3)