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Bonne nouvelle pour les abeilles

Seize des vingt-huit Etats membres de l’Union Européenne se sont prononcés le 27 avril 2018 à Bruxelles en faveur de l’interdiction de trois néonicotinoïdes particulièrement dangereux pour les abeilles fabriqués par deux géants de l’agrochimie ; l’allemand Bayer et le suisse Syngenta.
Ces trois produits : la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, viennent d’être bannis de toutes les cultures en plein champ. Cette interdiction sera effective en 2020. C’est une avancée notable et une victoire pour tous ceux qui se sont battus pour cette interdiction.
« L’Europe vient de voter l’interdiction des pesticides tueurs d’abeilles, après que nous ayons lancé la plus grande pétition du monde pour les abeilles, et que des milliers d’entre nous aient inondé leurs ministères de messages. C’est une victoire majeure, qui ouvre la voie vers une nouvelle ère et une agriculture plus durable. » Pour Avaaz, l’association à l’origine d’une pétition en faveur de l’interdiction des néonicotinoïdes, signée à ce jour par plus de cinq millions de personnes, cette victoire est historique et est la preuve qu’une mobilisation d’envergure peut aussi faire plier les décideurs politiques :
« Nos gouvernements ont finalement décidé d’écouter leurs citoyens, la science et les agriculteurs qui savent que les abeilles ne peuvent pas survivre avec ces produits chimiques et que nous ne pouvons pas survivre sans les abeilles » déclare Antonia Staats, chargée de campagnes chez Avaaz.

Il reste cependant une exception à cette nouvelle règle : les usages en serre. À condition que les graines et plantes ne quittent pas leur abri fermé.

Les néo-nicotinoïdes étaient déjà sur la sellette

En 2013, Après une évaluation négative de l’agence européenne pour la sécurité des aliments, l’Union Européenne avait décidé de bannir dans un premier temps l’usage de ces neurotoxiques des cultures qui attirent les abeilles, en particulier le maïs, le colza oléagineux et le tournesol.
Leur nocivité sur les colonies d’insectes pollinisateurs comme les abeilles étaient à l’origine de nombreuses recherches depuis le milieu des années 90, date à partir de laquelle les apiculteurs ont pu faire des correlations entre l’utilisation de ces pesticides en plein champ et la mortalité de leurs abeilles.
La question de leur utilité sur les rendements agricoles s’est ensuite posée : « Nous constatons que l’utilisation de ces insecticides, qui ont été commercialisés dans les années 90 pour les grandes cultures, les céréales, les légumes mais aussi les fruits, et sont devenus les plus vendus au monde, n’augmente pas les rendements agricoles. D’abord parce que le rendement des cultures dépend en grande partie des pollinisateurs. Or comme ces insecticides tuent les pollinisateurs, l’absence de ces derniers limite les rendements. » déclarait le 1er mars à Libération le chercheur Jean-Marc Bonmatin, vice-président du Groupe de travail sur les pesticides systémiques ; en effet titre Libération : « les pesticides néonicotinoïdes dits « tueurs d’abeilles » favorisent les résistances des insectes ravageurs et pèsent davantage sur les finances des agriculteurs que les alternatives non polluantes et non toxiques ».
Dans un autre article traitant de la disparition inquiétante des insectes , Chris van Swaay, de l’association Butterfly Conservation Europe, ajoute que « l’agriculture intensive mène à des campagnes uniformes, aux terres presque stériles pour la biodiversité. Il n’y a quasiment plus d’insectes, ni d’animaux, dans les champs cultivés. Ils fuient vers des espaces plus propices à la vie ». Une étude publiée dans Science établit que la masse d’insectes volants a chuté de 78% en 24 ans.
L’utilisation massive de pesticides destabilise la base de la chaîne alimentaire sur la planète. La contamination des cours d’eau et des sols entraîne la disparition des invertébrés terrestres ou aquatiques qui sont la proie des oiseaux, lesquels disparaissent à leur tour. Ils sont également nocifs pour la santé humaine.
Les néonicotinoïdes se répandent en effet dans l’environnement via l’air et l’eau, et persistent dans les sols jusqu’à plusieurs années. Ils contaminent ainsi nos aliments et notre eau. Plusieurs études ont établi chez les humains un lien entre ces pesticides et les maladies du spectre autistique, les malformations cardiaques. Ils sont aussi des perturbateurs endocriniens, cancérigènes, et ont des effets sur la thyroïde, le foie, le système reproducteur...

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Aller vers des solutions plus écologiques

Pour Jean-Marc Bonmatin l’agriculture peut se passer des tous ces pesticides : « Il existe des tas de solutions alternatives, qui peuvent être utilisées seules ou combinées. Vous pouvez agir au niveau du paysage, comme l’agroforesterie le préconise, ou mettre des corridors écologiques autour des parcelles. Pratiquer la rotation de cultures, utiliser des prédateurs naturels comme les coccinelles qui mangent les pucerons, favoriser les parasites des ravageurs. Et utiliser des cultures naturellement résistantes aux insectes. Ensuite, tout un tas d’outils marchent très bien, comme l’installation de pièges à base de substances attractives. Ou même des insecticides naturels que les insectes fuient depuis la nuit des temps, par exemple à base d’écorce de saule, de chrysanthème, d’essence de géraniums. »

Cependant il reste encore beaucoup d’autres pesticides dangereux pour les abeilles et les productions alimentaires précise Greenpeace Europe, car les trois substances interdites ont été remplacées par d’autres pires encore, notamment le thiaclopride et d’autres combats restent à mener pour la protection de la biodiversité et de la santé humaine.

Anne Chemin-Roberty

A lire aussi :
https://secure.avaaz.org/fr/save_the_bees_global_nm_sh/
https://www.sudouest.fr/2018/05/01/interdiction-des-insecticides-neonicotinoides-pourquoi-a-t-il-fallu-attendre-plus-de-20-ans-5022550-10275.php
https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/LEurope-dit-non-neonicotinoides-tueurs-dabeilles-2018-04-28-1200935194
http://www.liberation.fr/france/2018/03/01/pesticides-tueurs-d-abeilles-ils-n-augmentent-pas-les-rendements-agricoles-et-ont-des-effets-catastr_1632929

Publié ou mis à jour le 3 mai 2018