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1er mai 2018 : mangeurs de tous les pays...

Lors de la 2e édition de « Sortir l’Agriculture du Salon » [1] Marc Dufumier, professeur émérite à AgroParisTech et François Collart Dutilleul, professeur émérite à l’Université de Nantes, posaient les bases de la réflexion qui nous intéresse ici.
Dans l’histoire de l’humanité l’agriculteur a fait une utilisation intensive de ressources naturelles renouvelables, par exemple l’énergie solaire, le gaz carbonique et l’azote de l’air sans avoir recours à des énergies fossiles. L’homme a été capable d’aménager des agro-écosystèmes très évolutifs. Un usage donc intelligent de ces ressources naturelles.
Nous devons revoir notre agriculture conventionnelle pour ne pas nuire à la richesse des sols et de la biodiversité. Promouvoir l’agroécologie, une agriculture peu utilisatrice d’agro-toxiques, signifie réhabiliter une certain nombre de variétés anciennes paysannes et prendre à bras le corps la question des sols (et donc du foncier). Les sols sont la ressource - moyen de production la plus critique aujourd’hui.
Pour arriver à faire bouger les choses et tout en observant les évolutions institutionnelles du moment, il faut se permettre la désobéissance civile, votez avec son assiette,consommer, s’éduquer et se former différemment.
Pour l’agriculture, mais aussi pour l’alimentation, il n’y a plus de boussole, ni politiquement, ni économiquement. Les liens entre agriculture et nourriture doivent être politisés. La société peut et doit exprimer des choix clairs. L’initiative « démocratie alimentaire » se construit de la fourchette à la fourche, de l’assiette au bulletin de vote. C’est à dire en commençant par choisir quelle nourriture nous voulons et quelle part de nature on peut consommer et préserver en même temps. Cette manière de faire de la politique appelle l’exception agricole et écologique pour fonder des politiques à la fois alimentaires et agricoles. Il y va de la santé publique, celle de la nature aussi. Cela signifie d’intégrer l’alimentation aux droits fondamentaux des citoyens dans le cadre des politiques publiques permettant d’emblée de penser l’alimentation en termes de service public.

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Voici des exemples récents pour montrer comment à différents niveaux d’action les lignes de forces s’alignent sur les boussoles pour indiquer le Nord.

  • 1. Repenser les communs. Cela permet de faire le choix entre la ferme des 100 noms et la ferme de 1000 vaches. Pour la ferme des 100 noms, consultez la tribune en ligne, accompagnée de signatures [2]. En partant de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, il est important de garder à l’esprit qu’il existe en France de multiples dispositifs reconnus légalement de formes collectives de production ou de gestion des ressources naturelles [3]. Ainsi, reconnaitre la multiplicité des usages de diverses ressources sur un même territoire par des dispositifs légaux et des mécanismes de gouvernance est une étape importante pour repenser les communs. Pas plus loin que la Suisse, ce pays dispose d’ un Cadastre des Restrictions de Droit Public à la Propriété Foncière. Depuis 2016, la cours suprême de Colombie a pris des décisions qui enjoignent la prise des mesures par lesquels l’Amazonie bénéficie de droits et de protection, l’arrêt de la déforestation et la préservation des forêts devant se faire au nom des droits fondamentaux des générations futures à la vie et à l’environnement [4]. A Lyon, le colloque « Technosphère et droit » réunissant des chercheurs de différentes disciplines a tenté de cerner les approches juridiques permettant d’imaginer les épistémologies nouvelles que réclament l’évolution croisée du numérique, de la globalisation économique, des systèmes agro-alimentaires, des mobilités etc par rapport aux présupposés éthiques de la technosphère [5].
  • 2. L’agroécologie. Lors du deuxième symposium international sur l’agroécologie de la FAO à Rome [6], son directeur-général José Graziano da Silva constate que « l’augmentation de la production à tout prix n’a pas éradiqué la faim dans le monde » et met la FAO aux couleurs d‘une nouvelle « Agroécologie à grande échelle » orientée vers l’action en mobilisant la coopération avec ses principaux partenaires. Des actions aux niveaux régionaux et nationaux en complétant les initiatives en cours pour intégrer la biodiversité et les services écosystémiques dans l’agriculture et en facilitant la coopération Sud-Sud.
  • 3. Les sols. Par nature, les sols supportent et alimentent l’ensemble des activités humaines. Une restauration à grande échelle est un investissement très rentable au regard des risques et des impacts sur l’état de plus de 3 milliards de terriens et autres organismes vivants. Ne rien faire laisse mal présager de l’ampleur des migrations de populations à venir. C’est le message principal du rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), à l’issue d’une session plénière à Medellin, en Colombie [7]. Le rapport souligne aussi la nécessité de cesser de séparer agriculture, environnement, économie, énergie, infrastructures. Par exemple, les « incitations perverses » dans plusieurs secteurs de la gouvernance favorisent la dégradation des sols. De surcroit, l’Europe traine les pieds pour élaborer la directive sols et l’accompagner par des mesures positives de gestion durable.

Le film « On a 20 ans pour changer le monde » de la réalisatrice Hélène Médigue et le fondateur de Fermes d’Avenir, Maxime de Rostolan, présente les combats menés par l’association pour accélérer la transition agricole. A commencer par la terre nourricière et en expliquant pourquoi le retour à une agriculture biologique est indispensable.

En définitif, ce qui précède peut se résumer ainsi :
« Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants ».
« Quelle terre laissons nous à nos enfants ? » peut être inverser : « Quelles enfants laissons nous à la terre ? ».

Ioan Negrutiu, 30 avril 2018

Publié ou mis à jour le 30 avril 2018