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Démographie et alimentation : scientifiques en alerte

La semaine du 14 novembre a apporté un air d’espoir pour la cause environnementale. Pas nécessairement par des résultats concrets. Surtout parce que les signaux qu’un autre monde reste possible arrivent par des voies de plus en plus diverses.

Les analyses des changements environnementaux et écosystémiques depuis quelques décennies ont donné aux scientifiques les arguments permettant d’anticiper des évolutions peu souhaitables : un monde plus pauvre en écosystèmes et en biodiversité, où la nourriture, la qualité de l’eau, les conditions sanitaires, et donc les conditions de vie seraient limitantes pour une humanité en croissance démographique hors contrôle.
Il y a 25 ans, l’ Union des scientifiques concernés (1700 signataires, dont les Prix Nobel vivants de l’époque) lançait un avertissement à l’Humanité. La démographie était un défi majeur pour l’heure avec la nécessité de la stabiliser rapidement.
La semaine passée, rebelote : le deuxième appel est signé par 15000 scientifiques [1]. En 25 ans, la population mondiale s’est épaissie de 2 milliards de terriens, un progression de 35 %. Le message est limpide :
« We are jeopardizing our future by not reining in our intense but geographically and demographically uneven material consumption and by not perceiving continued rapid population growth as a primary driver behind many ecological and even societal threats (...). By failing to adequately limit population growth, reassess the rôle of an economy rooted in growth, reduce greenhouse gases, incentivize renewable energy, protect habitat, restore ecosystems, curb pollution, halt defaunation, and constrain invasive alien species, humanity is not taking the urgent steps needed to safeguard our imperilled biosphere ».

Il faut ajouter à cela deux autres initiatives : le Stockholm Memorandum [2] en 2011 (cosigné par une vingtaine de Prix Nobel) et le Scientific Consensus on Maintaining Humanity’s Life Support Systems in the 21st Century [3] en 2013. Ils font appel à l’ensemble de la communauté internationale pour agir et traiter d’une manière coordonnée les cinq défis globaux suivants : le dérèglement climatique, la perte de diversité écosystémique et l’extinction accélérée d’espèces, la pollution, la croissance démographique et la sur-consommation des ressources.
La nécessité d’une approche intégrée est le message le plus important de la démarche portée par les scientifiques. Parmi les mesures avancées, on trouve notamment l’éducation et l’allocation équitables des ressources. Ce genre de consensus permettrait à terme une gestion mondiale des ressources. C’est Joseph Stiglitz qui le dit en 2010 [4]

Les scientifiques d’abord

Les scientifiques ont donc largement assumé leur devoir de lanceurs d’alerte. Ils viennent même de dire que devant des crises alimentaires à répétition et prévisibles dans l’avenir, l’agriculture biologique est porteuse de solutions lorsqu’on l’intègre dans une démarche de systèmes alimentaires [5] :
« a 100% conversion to organic agriculture needs more land than conventional agriculture but reduces N-surplus and pesticide use. However, in combination with reductions of food wastage and food-competing feed from arable land, with correspondingly reduced production and consumption of animal products, land use under organic agriculture remains below the reference scenario. Other indicators such as greenhouse gas emissions also improve, but adequate nitrogen supply is challenging. Besides focusing on production, sustainable food systems need to address waste, crop–grass–livestock interdependencies and human consumption ». Pour rappel, seulement 1 % de la surface agricole utile mondiale est pour l’instant dédié aux cultures biologiques. En attendant aussi de meilleurs revenus pour les paysans.
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La société aussi

Il faut ajouter à cela la COP23 qui s’est tenue à Bonn. A l’inertie institutionnelle de mise, s’oppose de plus en plus clairement des initiatives contrastées : on observe que le climat intéresse non seulement les habituels de la société civile, mais aussi les firmes (de l’agrobusiness par exemple), le secteur financier et d’assurances. Par rationalité certainement, car le climat menace leurs activités propres et qu’il est préférable de faire de l’anticipation concernant des régulations plus contraignantes. Des investisseurs malins cherchent des projets verts, «  des villes mettent en avant leur volontarisme créatif, des alliances citoyennes élaborent des pratiques alternatives au modèle de développement encore dominant » [6]. Le documentaire « L’urgence de ralentir » diffusé le 17 novembre montre comment localement on prend les choses en main. L’Université des va-nus-pieds en Inde est un cas particulièrement parlant [7].

La transition sociétale, écologique et démocratique - avec ces variations géographiques, politiques, culturelles, fait donc son chemin. Tous ces chemins finiront par se croiser, c’est bien ce que suggère la 46e semaine de 2017..

Ioan Negrutiu, 22 novembre 2017

Illustration : Le climat fait refleurir les primevères en automne. I.Negrutiu

Publié ou mis à jour le 22 novembre 2017

Notes

[1Ripple WJ et al, 2017, World Scientists’ Warning to Humanity : A Second Notice, https://academic.oup.com/bioscience/article-abstract/doi/10.1093/biosci/bix125/4605229

[2Stockholm Memorandum, 2011, AMBIO : A Journal of the Human Environment 40, 781–785.

[3Scientists’Consensus on Maintaining Humanity’s Life Support Systems in the 21st Century, 2013 ;
https://consensusforaction.stanford.edu/see-scientific-consensus/consensus_english.pdf

[4Stiglitz J., Le rapport Stiglitz. Pour une vrai réforme du système monétaire et financier international, Les liens qui libèrent, 2010, 304 p.

[5Muller A et al, 2017, Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture. Nature Communications 8 : 1290. DOI : 10.1038/s41467-017-01410-w

[6Massiot A, Climat : six raisons de ne pas désespérer, Libération du 16 novembre 2017

[7L’Urgence de ralentir, de Philippe Borrel, rediffusé le 17 novembre 2017 sur la chaine LCP voir notre article : http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article253.