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Pour une Politique Alimentaire Commune

Au moment où se déroulent les états généraux de l’alimentation en France et faisant suite à l’initiative « exception agricole » portée par une démarche de « démocratie alimentaire », il était opportun de s’intéresser au programme iPES Food qui aborde la question agricole sous l’angle intégrateur des systèmes alimentaires. Autrement dit toute la chaine, de la fourche à la fourchette, du champ à l’assiette.

Le Panel IPES FOOD

Créé en décembre 2014, le Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) est une initiative transdisciplinaire qui vise à informer le débat politique sur la réforme des systèmes alimentaires grâce à une recherche fondée sur des données probantes et un engagement direct avec les processus politiques au niveau mondial.

II regroupe différentes disciplines faisant appel à différents types de connaissances, comprenant des scientifiques de l’environnement, des économistes du développement, des nutritionnistes, des agronomes et des sociologues, ainsi que des représentants expérimentés de la société civile et des mouvements sociaux.
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Ce panel est coprésidé par Olivier De Schutter (ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation) et Olivia Yambi (nutritionniste et ancienne représentante de l’UNICEF au Kenya)

Coordonné par l’Université Catholique de Louvain, dont il constitue un programme de recherche majeur, IPES-Food fournit des rapports réguliers aux décideurs politiques, afin de les inciter à réformer les systèmes alimentaires sur la base des meilleures données scientifiques disponibles.

Au printemps 2016, avec une dizaine d’autres chercheurs, Olivier de Schutter a adressé une lettre à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne lui demandant de lancer une « politique alimentaire commune » qui remplacerait l’actuelle PAC (Politique Agricole Commune).
Ces chercheurs ont lancé une vaste consultation à l’échelle européenne afin d’élaborer des propositions pour « aligner les politiques » agricoles, sanitaires, environnementales et climatiques. Cette consultation s’étend de 2016 à 2019 (source Alternatives Economiques du 2/10/2017).

Il ne s’agit pas seulement de repenser et reconsidérer l’efficacité de la PAC. Une approche différente est nécessaire pour jeter les bases d’un système alimentaire durable en Europe. La nécessité de nouvelles réponses politiques est d’autant plus pressante que de multiples crises affectent maintenant les systèmes alimentaires dans l’UE et dans le monde entier, ceci pouvant aller de l’obésité croissante à la dégradation de l’environnement et aux pressions exercées sur les agriculteurs. Il est donc essentiel d’identifier d’autres visions sur la manière dont les systèmes et toute la chaine alimentaire pourraient être gérés à moyen et à long terme.

Le Forum Alimentaire et Agricole de l’UE (EU3F)

Les 29 et 30 mai 2018, IPES-Food organise un événement délibératif majeur, qui se déroulera à Bruxelles. L’objectif du Forum Alimentaire et Agricole de l’UE (EU3F) est de co-construire un ensemble de propositions de politiques adressées à l’Union Européenne pour une « politique alimentaire commune » globale (il faut entendre par là une « politique des systèmes alimentaires » ou une « politique pour une alimentation et une agriculture durables » ).

Se produisant symboliquement un an avant les élections européennes de 2019, ce Forum élaborera des propositions concrètes que devront prendre en charge les différents partis politiques, les groupes de campagne et par voie le cojsquence les institutions de l’Union Européenne elles-même.

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Actuellement, la démarche et la méthode IPES-Food se construisent autour de deux types d’action : les laboratoires politiques (Policy labs) et les laboratoires locaux (Local Labs) :

Les Policy Labs

Les Policy labs sont au cœur de ce processus. Le Panel IPES-Food convoque 25 à 30 personnes, comprenant des scientifiques, des décideurs politiques, la société civile et des acteurs du secteur agroalimentaire, pour participer à des tables rondes de 3 heures. Ces laboratoires pour élaborer des politiques sont hébergés au Parlement européen et au Comité économique et social européen à Bruxelles, mais la participation n’est pas limitée aux organisations et institutions basées à Bruxelles. Chaque laboratoire se concentrant sur un lien clé dans les systèmes alimentaires, à savoir les points focaux où divers impératifs politiques, réglementations, incitations et tendances convergent pour façonner nos systèmes alimentaires. En tant que tel, les Policy labs sont conçus pour faire interagir des domaines politiques et des secteurs d’activité qui sont généralement séparés (par exemple, l’agriculture et la nutrition, le commerce et l’environnement).

Les Local Labs

Alors que les Policy Labs tenus à Bruxelles se concentrent sur les domaines politiques et leurs interconnexions, une série complémentaire de « Laboratoires locaux » zoome sur des villes-régions spécifiques afin de faire émerger comment les efforts visant à créer des systèmes alimentaires durables à l’échelle locale sont affectés par les politiques et les impératifs à différents niveaux décisionnels.

Les laboratoires locaux sont convoqués par IPES-Food et un partenaire local de recherche comme ce sera le cas à Montpellier le 23 novembre 2017 qui sera co-animée par la Chaire UNESCO Alimentations du Monde et qui, de plus, sera axé sur l’intérêt que porte la région métropolitaine de Montpellier à développer un ’food policy council’.

Les laboratoires locaux impliquent généralement environ 50 participants ; des décideurs locaux, des représentants des conseils en matière de politique alimentaire, des chercheurs, des acteurs de l’alimentation durable locale, l’économie circulaire et des initiatives de transition (producteurs, consommateurs et détaillants), les responsables des achats institutionnels ( par exemple les écoles, les hôpitaux) et les planificateurs urbains et régionaux.
Les laboratoires locaux tiennent également à associer les acteurs régionaux et nationaux, associatifs, syndicaux et ministériels afin d’étudier les opportunités et les défis à différents niveaux.
Bien que tous les « laboratoires locaux » impliquent des réflexions sur la gouvernance à plusieurs niveaux d’une « politique alimentaire commune », ils alimenteront, appuieront et auront lieu dans les processus existants pour l’élaboration de politiques alimentaires locales.

  • Les éléments de cet article prennent leur source dans les publications parues sur le site d’ IPES-Food.

A propos du Panel Ipes-Food ainsi que sur les missions d’Olivier de Schutter, lire aussi nos articles (en anglais) :

Anne Chemin-Roberty, 4 octobre 2017

Publié ou mis à jour le 4 octobre 2017