Accueil / / Activities / / Education / / Resources geopolitic / / Videos online course

Matthieu Calame : Agricultures, civilisations and power systems

Cours du 5 juin 2015

Intervenant : Matthieu Calame,
est agronome, directeur de la FPH, Fondation Pour le Progrès de l’Homme.
http://www.agronomie.asso.fr/navigation/qui-sommes-nous/animation-de-lafa/matthieu-calame/
http://www.fph.ch/

Food & politics : From the early States to present (Matthieu Calame)

La présentation de Matthieu Calame, ingénieur agronome de formation et actuel directeur de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme, décortique l’évolution des moeurs en lien avec l’évolution des techniques chez l’homme depuis la révolution du néolithique, et propose des pistes de développement futur.
De -8000 jusqu’en 1900, les moeurs des sociétés humaines sédentarisées qui vont progressivement dominer la planète demeurent héritières de la révolution néolithique, la population mondiale restant majoritairement rurale dans un cadre social patriarcal. Il y a 10000 ans, la révolution du Néolithique fut à la fois technique avec l’apparition de l’agriculture, organisationnelle avec la constitution progressive d’unités politiques de plus en plus vaste mais aussi psychique et spirituelle. A ce moment là, l’homme s’extrait peu à peu de la Nature (on le voit avec l’évolution des idoles vers une collection de divinités anthropomorphes, par exemple le panthéon grec). L’homme devient pour reprendre l’expression de Vercors un animal dénaturé. Ces changements de cosmovision accompagne la sédentarisation, prélude à l’apparition de l’agriculture (qui recquiert des techniques propres aux sédentaires pour se développer, comme la maçonnerie ou la poterie pour stocker les récoltes). On se met donc à modifier délibérément les écosystèmes, au risque d’en surexploiter les ressources. L’homme se situe non pas dans mais au surplomb de la nature il est “fils des dieux”. Si cette vision est consciemment critiquée aujourd’hui, on constate que cette utilitarisme de la nature et cette vision toute-puissante de l’homme persiste dans les inconscients.
De l’apparition de l’agriculture vont bourgeonner les sociétés modernes organisées. Les sols exploités finissent par s’appauvrir, par s’éroder. Dans des écosystèmes dégradés, l’agriculture pluviale n’est plus possible, l’eau devient le facteur de production central, acheminé par irrigation : celui qui contrôle cette ressource domine ceux qui en dépendent. Le contrôle de l’eau, le contrôle des récoltes dans des greniers centralisés, permet l’apparition de l’Etat dans le croissant fertile et en Egypte que l’on pourrait qualifier d’hydrocraties tant leur puissance est liée au contrôle de l’irrigation. La société se complexifie. Apparaissent les outils de la puissance administrative, avec des cadastres en -3000 av. JC et la comptabilité (pour les récoltes, les semences, puis bientôt les prêts et l’impôt). C’est aussi la naissance de la géopolitique, entre des Etats qui produisent les récoltes, et les Etats qui les importent. Et des politiques frumentaires d’approvisionnement au sein même des Etats avec des rapports de domination entre les cités-états et les territoires agricoles. Politiques qui engendrent un cercle vicieux toujours d’actualité : pour subvenir aux besoins d’une forte population urbaine composée de paysans ruinés, les gouvernements font baisser les prix de vente de denrées agricoles, ce qui aboutit à une misère paysanne. Cette misère pousse les paysans à abandonner leur terres pour rejoindre la ville, augmentant la masse urbaine faiblement productive exerçant une pression sur le gouvernement pour baisser le prix des denrées.

Au coeur de cette dynamique il y a l’appauvrissement des écosystèmes en matière organique, qui résulte historiquement d’une déforestation (pour subvenir à la demande en bois et pour faire de la place aux champs en utilisant la fertilité laissée par la forêt) par des abattis-brûlis ou le surpaturage par des polygastriques (boviens, oviens caprins), suivie d’une érosion (éolienne ou hydrique) qui aboutit à la perturbation des régimes hydriques. Le sol résulte de l’équilibre entre accumulation et prélevèment de la matière organique. Si le prélèvement excède l’accumulation l’issue est le désert. Aujourd’hui nous continuons à consommer plus de matière organique que les végétaux n’en fixent par la photosynthèse, aussi bien par le déboisement qu’en brûlant pétrole et charbon, qui ne sont rien d’autre qu’un escès de matière organique fossilisé. L’utilisation d’intrants – notamment les nitrates – est au mieux un pis-aller au pire un facteur d’accélération de l’appauvrissement du sol. L’agriculture industrielle néglige la fertilité endogène des écosystème. Les systèmes agricoles actuels industriels trsè spécialisés sont certes technologiquement avancés mais agronomiquement médiocres. Ils reposent sur une consommation d’intrants (notamment énergétique) pour produire de grandes quantités de denrées avec une faible valeur ajoutée locale. Les politiques plubliques sont en cause. La PAC des années 60 a par exemple, assuré des prix élevés des dentrées agricoles mais sans comme contrepartie des prix élevés des facteurs de production (notamment les engrais et les biocides). Les agriculteurs avaient donc intérêt à maximiser la production sans souci des effets secondaires. Ce cercle vicieux a eu des répercutions sur l’économie mondiale en inondant les marchés mondiaux de produits à prix bradés et en faisant s’effondrer les agricultures locales des pays en développement. Une alternative à cela serait d’imaginer un système – qui peut être intensif en capitaux - qui se repose peu sur l’importation d’intrants, mais plutôt sur d’importantes transformations sur place. Ce système favorise les systèmes alimentaires locaux, au détriment d’une productivité a priori moins élevée par actif (en terme de volume) que pour des systèmes spécialisés . Pour cela, il faudrait une fiscalité qui taxent les intrants rates et notamment une taxe foncière sur l’agriculture qui est le meilleur moyen de contrer l’accaparement des terres, et qui donc favorise les petites exploitations. En aval de la production il faudrait maintenir des prix du marché élevés. Dans un tel contexte cela favorise une agriculture qui produit beaucoup avec peu (peu d’eau, peu d’énergie, peu de sol), comme le fait naturellement la forêt. Cela conduirait à un changement des pratiques agricoles (par l’agroécologie notamment, avec l’exemple de l’agroforesterie, qui allie l’agriculture avec les capacité écosystémiques de la forêt). Mais ce changement de modèle agricole n’est possible que si nous changeons nos mentalités – entre autre en mettant en avant le lien social avant la maximisation individuelle de la productivité. Une telle politique reste difficile à mettre en place dans le contexte international actuel du fait des différents objectifs des pays, entre protectionnisme, compétitivité et exportation à outrance. A terme cependant elle est inévitable.

Par Pierre-Guillaume Brun

Publié ou mis à jour le 6 février 2017