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Cause commune - exception agricole, alimentaire et écologique

Aux paysans, agriculteurs et mangeurs de tous les pays : le retour du citoyen

Produire et manger en respectant la nature nourricière. Michel Serres le dit ainsi :

Manifeste

« Sans se nourrir, nul vivant ne survivrait. Manger est notre besoin biologique premier.
Opposant des obèses à des nouveau-nés mourant de faim, le monde souffre, aujourd’hui, d’une injustice majeure concernant la nourriture.
Manger est le premier acte vital, certes, mais, en raison de cette iniquité, un acte social, politique, juridique, moral et, sans doute aussi, sacré, puisque presque toutes les religions en font un rite.

Or, depuis que des ancêtres de génie domestiquèrent certaines espèces de faune et de flore, nous dépendons des agriculteurs pour manger. Sans paysans, aucun humain ne survivrait.
Le paysan est le père nourricier de l’humanité. Il occupe, en cela, une position exceptionnelle dans la condition humaine. Aucun professionnel ne lui est comparable.
Or, une autre injustice, la même sans doute, accule aujourd’hui la paysannerie à la ruine, alors que nul ne pourrait se passer d’elle.

Il est donc de nécessité vitale, de justice politique et morale, mais aussi d’urgence historique d’établir une exception agricole comparable à l’exception culturelle qui n’en est, finalement, que la copie, puisque la culture agraire elle seule nous permet de survivre ».

Par où commencer ?

Par admettre que l’état de l’agriculture conventionnelle demande une clarification : redéfinir ce que agriculture et agriculteurs veulent dire aujourd’hui afin de mieux distinguer deux trajectoires qui se dessinent devant nous.

1. La « non-agriculture » ou l’agriculture structurellement régressive  : industries dont les ressources biologiques constituent le stock de SUR-extraction, - transformation, - commercialisation et - consommation ; les industries du double dumping, social et écologique et les crises à répétition associées. Le degré extrême que monoculture et élevage hors sol ont atteint indique le nécessaire basculement. En attendant, timidement, réglementation et pression de (certains) consommateurs suggèrent un possible ajustement, une possible remise en cause.

2. Agricultures et territoires  : la multiplication, la montée en puissance des solutions alternatives, avec des activités soucieuses d’un rapport de bon sens entre les hommes, la terre, l’eau, les autres vivants pour produire, se nourrir, vivre ensemble [1].
C’est cette démarche-là qui s’inscrit le mieux dans le sens de l’histoire, celle du « Grand Récit » de Michel Serres [2], que vise dans un premier temps la notion d’exception agricole, alimentaire, écologique.
Vivre bien aujourd’hui et demain consiste à faire en sorte que les humains laissent sur terre la trace la plus légère possible de leur passage. Passer à l’Anthropocène discret, frugal, sobre. Cela signifie, par exemple, de ne plus mettre en compétition délétère des territoires ou des producteurs entre eux ; il y a là un non-sens absolu dans la fabrication d’une compétitivité visant des géographies, des paysages, des modes de vie, des solidarités, des communs fort différents.
Voilà deux manières de s’approprier les ressources renouvelables et qui vont évoluer l’une face à l’autre, l’une contre l’autre. Des marques commerciales aux EU contre des Indications Géographiques en Europe (il y en a 4797 en Europe) [3]. L’exception agricole est la vision d’une société qui reste à imaginer à grande échelle en faisant vivre toutes les diversités agro-rurales.

Les textes réunis ici témoignent de la vivacité de cette imagination et retracent les étapes qui ont conduit à l’initiative « exception agricole, alimentaire, écologique » ( [4], [5]) : rassembler idées et expériences dans un large processus, mettre en synergie ces initiatives, pour leur permettre de s’exprimer dans des lieux et des temps différents mais toujours connectés. C’est la longue marche vers des agricultures diverses, multiples, adaptées à leurs territoires et habitants, aux cultures qu’elles ont fait naître et qui vont s’adapter à leur tour aux évolutions et chocs à venir.
En tout état de cause, l’UE et les états membres ne semblent pas prêts à inscrire l’agriculture dans les priorités, y compris géopolitiques (3). Erreur. A nous de convaincre qu’ils ont tout à gagner dans le débat que nous proposons ici et qui veut mettre les savoirs et savoirs-faire agro-ruraux au centre des agendas sociétaux. La géopolitique peut-être l’œuvre des citoyens lambda.

Ioan Negrutiu

Publié ou mis à jour le 11 janvier 2017

Notes

[2Michel Serres, « Darwin, Bonaparte et le Samaritain » Une philosophie de l’histoire. Le Pommier, 250p, 2016

[3Thierry Pouch, 2016, L’UE doit inscrire l’agriculture sur son agenda géopolitique. Diplomatie, septembre 2016-janvier 2017. Les grands dossiers 36. pp50-52

[4Dans les années 90, on pensait la fin d’une exception agricole issue des politiques agricoles des débuts du Marché Commun (autosuffisance, soutiens des prix), matérialisée ensuite par la PAC de la dérégulation, de la libéralisation, des tarifs douaniers, du verdissement. Avec aujourd’hui 60% des revenus des agriculteurs venant de la PAC. Donc absence d’un réel marché de biens agricoles en Europe. Le concept de l’exception a été repris y compris dans les débats à l’Académie d’Agriculture en 2007, mais sans beaucoup de succès, et qui se prolonge actuellement dans des sphères de plus en plus larges (5 ; v. recensement ci-après). Y a-t-il donc une mauvaise et une bonne exception agricole ? Ou alors faut-il traduire le concept « exception », comme suggéré par Jacques Lévy (EPFL Lausanne) et Matthieu Calame (Fondation pour le Progrès de l’Homme, Paris), en termes de biens et service publics, exigences à imposer par l’autorité publique ?

[5Recensement des documents concernant l’exception agricole. Le site reste ouvert pour que le bilan soit complété par la collectivité :
http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/spip.php?article453