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De 1974 à 2017 : Dumont agricole

[Partie 2]

Au niveau international, à lire absolument la « synthèse finale de FMAT 2016 »,
Forum Mondial sur l’Accès à la Terre et aux Ressources Naturelles (Valencia, Espagne) qui a réuni 1200 organisations paysannes et de la société civile, institutions nationales, internationales, experts et professionnels de plus de 70 pays [1].
Le Forum a constaté que « les politiques de redistribution de la terre avaient été abandonnées et que les politiques mises en place ne prenaient pas en compte la réalité locale des communautés de base. Le manque d’accès à la terre et aux ressources productives reste toujours une cause majeure de la pauvreté, de la perte de souveraineté alimentaire, et de la marginalisation dont souffrent la plupart des populations rurales et urbaines du Monde ». En de nombreux pays, « l’accaparement des meilleures terres agricoles, de l’eau, des espaces forestiers et pastoraux, des pêches et des semences » s’accentuent. Les stratégies des grandes entreprises agricoles spécialisées participent à cette évolution. Ces dernières ne produisent « pas toujours plus de nourriture et de valeur ajoutée par unité de surface que l’agriculture familiale et paysanne à laquelle elles se substituent. Les profits financiers réalisés par ces entreprises proviennent du très bas coût d’accès à la terre, à l’eau et aux ressources naturelles, des bas salaires et de l’absence de fiscalité ».
L’Année Internationale de l’Agriculture Familiale de 2014 a été l’occasion d’insister sur le fait que « l’efficacité productive, sociale et environnementale des unités de production familiales et paysannes, notamment quand les politiques publiques leur sont favorables, est un acquit pour les transformations sociétales à venir ».

L’application concrète des « Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale » (2012, Comité de la Sécurité Alimentaire) se heurte (i) au manque de volonté politique des Etats et (ii) aux crimes, violences et intimidations commis contre ceux qui luttent pour leurs droits d’accès à la terre et aux ressources naturelles. Plus précisément, le rapport annuel de l’ONG Global Witness apporte des informations chiffrées sur l’augmentation inquiétante des exécutions des défenseurs de l’environnement, notamment en Amérique Centrale et du Sud, en Afrique et en Asie [2]).
Face à ce constat, le FMAT-2016 affirme que l’accès à la terre et aux ressources naturelles est à la base de la souveraineté alimentaire des peuples et fait 10 recommandations.

Dans le 2e rapport de l’International Panel of Experts on Sustainable Food Systems (iPES-Food) “From uniformity to diversity, A paradigm shift from industrial agriculture to diversified agroecological systems” [3] on retrouve les mêmes ingrédients (cf. Figure).
Ainsi, “Industrial agriculture and the ‘industrial food systems’ that have developed around it are locked in place by a series of vicious cycles. For example, the way food systems are currently structured allows value to accrue to a limited number of actors, reinforcing their economic and political power, and thus their ability to influence the governance of food systems”.
iPES Food has a systemic approach to food systems which includes environmental, health, social, cultural and economic dimensions. iPES Food has the ambition (i) to identify the lock-ins of the “political economy of food” and reveal imbalances of power between actors that influence decision making, (ii) to achieve coordinated and coherent shifts in agriculture, supply chains, and markets, and (iii) to empower disadvantaged actors through profound social innovations. The report makes 7 recommendations on how to shift from industrial agriculture to diversified agroecological systems : political incentives must be shifted in order for alternatives to emerge beyond the margins.

Autre sujet majeur, les sols : les différents usages des sols représentent le « projet » de géo-bio-ingéniérie le plus vaste que les humains ont jamais entrepris. Deux programmes internationaux s’y penchent.
Dans « The Economics of Land Degradation » (ELD) on estime le coût de l’inaction lié à la dégradation des sols à 10-17% du PIB [4]. Pour y remédier, il s’agit de mobiliser en réseau des compétences culturelles, économiques, environnementales, juridiques, politiques, sociales et techniques pour élaborer et conduire des politiques de gestion durables des terres.
Le « Global Land Project » (GLP) s’intéresse aux dynamiques des usages des sols pour mieux comprendre comment la mondialisation et la démographie affectent les décisions et les pratiques de l’usage des sols et les services écosystémiques au niveau régional et local [5]. Une constante dans ce registre : des conflits d’intérêt permanents entre acteurs et un manque de cohérence dans la gestion et l’aménagement à différentes échelles territoriales.

Conclusions

Des années ’70 à aujourd’hui les cercles vicieux s’accumulent et s’emboîtent, tandis que les instruments pour sortir de leurs quadratures sont bien identifiés. En France et dans le monde.
L’Institut Michel Serres et le programme LASCAUX / CELT appellent à passer à l’action citoyenne coordonnée sur l’ensemble du territoire français.

Ioan Negrutiu, le 8 juillet 2016

Avec mes remerciements à François Collart Dutilleul (programme LASCAUX et CELT) et à Romain Fruget, Maud Montagard, Chloë Montcher, Marie Piro, Lucas Tsoukas, étudiants à l’ISARA de Lyon dans le cadre du cours « Bioresources and Biodiversity » ENS de Lyon 2016.

Publié ou mis à jour le 12 juillet 2016

Notes

[2Libération, 20 juin 2016, pp16-17

[3iPES Food report, 2016, http://www.ipes-food.org/reports

[4ELD Initiative. (2015). The Value of Land (N. Stewart, Ed.), pp. 1–170. http://www.eld-initiative.org