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Gaspillage alimentaire + crise des producteurs, trouvez l’erreur.

Récupérer n’est pas voler

1,3 milliard de tonnes de nourriture sont jetées ou perdues chaque année, ce qui correspond à 1/3 des aliments produits sur la planète !
« Selon la Commission européenne, l’origine du gaspillage dans les vingt-huit pays de l’Union européenne proviendrait pour 42 % des ménages, pour 39 % de l’industrie agroalimentaire, pour 5 % des détaillants et pour 14 % de la restauration. En France, chaque grande surface produit 200 tonnes de déchets par an — sans que l’on connaisse toutefois la part de denrées consommables. Les habitants, de leur côté, jettent 20 kilos d’aliments par an, dont 7 kilos encore emballés. » (Le monde du 31 juillet 2014)
Avec ce que l’Europe jette chaque année à elle seule, on pourrait nourrir 1 milliard de personnes, soit l’intégralité des personnes qui souffrent de malnutrition dans le monde. (source FAO, consultez aussi world food clock et zéro-gachis)

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Par un vote du 9 juillet 2015, le Parlement Européen demande aux États membres d’agir pour que les grandes surfaces cèdent leurs invendus plutôt que de les détruire, ils « invitent la Commission européenne à encourager la création, dans les États membres, de conventions prévoyant que le secteur du commerce alimentaire de détail distribue les produits non vendus à des associations caritatives ».

Dans le cadre de l’examen de loi sur la transition énergétique, l’Assemblée nationale française avait déjà adopté à l’unanimité, le jeudi 21 mai 2015, trois amendements qui interdisent à la grande distribution de jeter leurs invendus. Dans les faits, Il sera désormais interdit aux distributeurs du secteur alimentaire de rendre leurs invendus impropres à la consommation. Ils doivent s’efforcer de prévenir tout gaspillage en passant par des conventions ou des dons à des associations. Faut-il encore avoir prévu les infrastructures nécessaires de froid, stockage, conditionnement...

Dans son rapport préliminaire, le député PS Guillaume Garot, pour qui « Récupérer n’est pas voler », propose la mise en place d’un certain nombre de mesures.
La première étant l’interdiction faite à la grande distribution de jeter l’alimentation. « Cette interdiction est légitime car il existe un éventail de solutions permettant d’éviter le gaspillage. » Guillaume Garot préconise également d’intégrer la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les négociations de la COP 21.

Une pétition contre le gâchis alimentaire rassemble à ce jour 999 487signatures pour que l’Europe emboite le pas de la France et s’engage pleinement dans le « STOP food waste ».

Comment en sommes-nous arrivés là ? La députée écologiste Brigitte Allain a proposé cette analyse à l’Assemblée Nationale le 21 mai 2015 lors des débats sur la loi sur la transition énergique :
"En moins de 100 ans, nous sommes passés d’une société paysanne à une société de consommation. L’éloignement entre les consommateurs et les producteurs a ainsi fait de l’alimentation un bien de consommation comme les autres. Produire des aliments sains, diversifiés, de façon durable et en quantité suffisante mobilise toutefois les biens communs que sont la planète, les sols, l’eau, l’air, ainsi qu’une quantité importante de ressources énergétiques qui ne sont pas inépuisables.

Cultiver la terre, élever des animaux, produire des végétaux pour notre alimentation ne se fait plus de manière symbiotique ou suivant les lois de Lavoisier, selon lesquelles rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Lavoisier n’avait pas prévu que les spéculateurs de l’alimentaire oseraient un jour javelliser des aliments pour que les plus démunis d’entre nous ne puissent plus les consommer. (...)"

Il se trouve que tout ceci ne regarde le problème que du côté de la fourchette. Qu’en est il du côté de la fourche, des champs, des sols et du foncier, des paysages et de la santé ?

Agriculteurs et éleveurs, une espèce menacée.

Nous vivons en pleine crise de la filière animale française. Dépots de bilans, seuils de pauvreté largement dépassés, bilans annuels déficitaires. Il ne fait pas bon vivre dans l’agro-alimentaire. Dans les fermes et les élevages, les suicides s’enchainent... Nos ministres s’en inquiètent, et font quelques propositions. Le Président Hollande aussi. Face aux marges excessives pratiquées tout au long de la chaine d’achat des matières premières, les acteurs en présence doivent faire acte de solidarité en diminuant leur profit et en augmentant le prix payé à l’éleveur. Mais sans obligation légale et sans réglementaition, ces recommandations sont suivies au compte-goutte, laissant la filière animale dans le plus grand désarroi.
La création d’un label Viande de France, suffira-t-elle ? L’état français doit donc passer par une législation ferme rendant obligatoire la hausse des prix d’achat et par une politique publique en matière d’achat et de restauration collective et une plus implication plus explicite des réseaux locaux.
« Le secteur privé comme le secteur public doivent accroître les investissements pour affronter ces lacunes, ce qui portera également des avantages pour la sécurité alimentaire, l’atténuation du changement climatique, la dégradation des terres et l’érosion de la biodiversité. » (source : FAO).

Pour nos partenaires du Programme Lascaux , spécialistes du droit de l’alimentation :
« Il convient donc de définir les contours juridiques qui permettront aux collectivités locales d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques publiques d’exploitation de leurs ressources naturelles conciliant enjeux environnementaux, enjeux de santé, développement économique et réalisation du droit fondamental à l’alimentation. »
Ils conduisent actuellement un projet intitulé “Typologie des politiques publiques de restauration collective locale et durable”. Ce projet vise à élaborer une typologie des politiques publiques en matière de restauration collective locale et durable et à mettre en place une plateforme numérique qui aura vocation à alimenter le partage d’expériences et à faciliter la mise en réseau des différents acteurs de la restauration collective. Il entre dans le cadre du Programme National pour l’Alimentation du Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt dont le Programme Lascaux est l’un des 19 lauréats 2014.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? En réalité, gaspillage alimentaire et dumping social sont les 2 facettes d’une même pièce : l’incapacité quasi-historique du monde politique à penser agriculture, agriculteurs, alimentation et santé publique et leurs liens forts avec les cycles, les fonctions et les services écologiques. Donc de l’impossible séparation du social et de l’environnemental.

Conclusion

A quand une pétition pour le monde paysan et pour les ressources sur lesquelles les agriculteurs devraient veiller en bon père et jardinier de famille ? Mangeurs de tous les pays d’Europe unissez-vous pour un vrai projet politique de transition sociétale dans lequelle l’agriculture tiendrait un rôle primordial, avec des revenus et des conditions de vie dignes pour les agriculteurs, à l’image de nos assiettes bien remplies. L’Institut Michel Serres est pleinement engagé pour la cause paysanne.

Anne Chemin-Roberty et Ioan Negrutiu, 20 juillet 2015

Sources de l’article :

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport-Gaspillage-alimentaire_cle0ea927.pd
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/06/17/20002-20150617ARTFIG00014-crise-bovine-les-raisons-de-la-colere.php
http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/07/09/97002-20150709FILWWW00214-gaspillage-alimentaire-le-parlement-europeen-pour-l8217obligation-des-dons.php
http://www.planetoscope.com/fruits-legumes/1257-le-gaspillage-alimentaire-en-france.html
http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/04/14/gaspillage-alimentaire-un-rapport-contre-l-interdiction-de-jeter-pour-la-grande-distribution_4615612_3244.html
http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/05/22/gaspillage-alimentaire-il-faudra-des-moyens-pour-gerer-les-nouveaux-dons_4639060_3224.html

Publié ou mis à jour le 20 juillet 2015