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2015, une transition à échelle personnelle

Votre transition personnelle 2015 : lectures et documentaires pour soutenir l’Institut Michel Serres.

L’ « Atlas de la France et des Français » [1] est en kiosque. Voilà l’histoire de France racontée comme une série de transitions réussies, car ce pays montre « une continuité historique exceptionnelle » (Pierre Nora). De l’histoire même de ce territoire jusqu’à la nouvelle réforme territoriale 2014, on découvre des évolutions fascinantes.

Je ne vais signaler ici que les problématiques régionales, à travers lesquelles les auteurs passent en revue régionalisme et eurorégions, terroirs labellisés, espaces protégés, métropoles, transport, agriculture, langues. Enseigner cela sous cet angle me semble devoir faire recette.

Questions d’autant plus pertinentes pour la transition sociétale et écologique que Michel Rocard [2] nous explique que « le politique est absolument polyvalent et doit répondre à tout problème dans l’ordre de la santé, de la sécurité, de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme, des transports, etc ».
Mais en réalité, de l’Europe jusqu’au niveau national, des situations et des obstacles inouïs alimentent les raisons d’une absence quasi-systémique de crédibilité politique dans nos sociétés enfoncées dans les crises emboîtées du présent.

Voici trois exemples :

Dans le documentaire de 2013 « Roumanie : éleveurs porcins à terre » (Les dessous de la mondialisation), Marie-Pierre Camus [3] raconte l’affaire de la « transition » de l’agriculture en Roumanie à coup de dumping social, sanitaire et écologique par le premier producteur de viande de porc au monde, la société Smithfield. C’est le prototype de ce que signifie concurrence et compétitivité débridées dans l’économie aujourd’hui. Sans ignorer les subventions apportées par l’Europe et le gouvernement roumain. Passage en quelques années de 30.000 à 2.000 salariés (150€ par mois), élimination de 90% de petits éleveurs dans le pays, 75% du marché du porc en Roumanie. Avec Justin Bridou, Aoste et Cochonou, Smithfield s’invite aussi dans nos assiettes. Innommable non-transition de l’état de paysan à celle d’agriculteur / producteur de subsistance.

Dans « Sivens, un drame de la décision publique à la française » [4], l’idée est que « tout d’abord, il ne paraît guère utile de blâmer les différents acteurs du dossier. Agriculteurs, politiciens, agents des institutions publiques, écologistes…, tous répondent aux incitations données par le système ».

Le consumérisme (dans le sens de mode de vie et d’organisation industrielle et de hyper-marketing de la société) né de l’élan productiviste d’après guerre trouve, semble-t-il, ses limites et œuvre à sa fin, d’après l’analyse de Bernard Stiegler de l’Institut de Recherches au centre Georges Pompidou [5].

Dans ces conditions, Michel Rocard pointe les questions-clé : inégalité sociale et disparition des espaces sociaux, mais aussi « la disparition d’une référence au bien public ». Il constate que « le travail programmatique qui consiste à réfléchir, trouver des solutions et les faire accepter à l’opinion, dès l’instant que cela s’étage sur plusieurs années …, c’est hors de portée ». Il en conclu que « nous ne disposons pas des outils pour répondre aux situations difficiles ».

Avec quelles idées et initiatives peut-on inverser la vapeur, faire transiter le système ? « Bien gouverner, c’est d’abord bien évaluer », dit la page « Commentaire et analyse de l’actualité économique par les chercheurs de la TSE », la Toulouse School of Economics [6].
La priorité aux « procédures d’évaluation. En se donnant les moyens de développer une expertise indépendante et de qualité, on pourra mieux préparer la décision publique. Cette évaluation doit se baser sur une méthode précise qui permet de comparer les bénéfices économiques et les coûts écologiques des différents projets proposés. Ces méthodes - études d’impact, analyse coût bénéfice – existent ».

Mais encore ? Pour engager la transition, «  les vrais changements sont toujours l’oeuvre des « déviants »  », précise Michel Rocard. Rob Hopkins, l’initiateur du mouvement de la transition, vient d’être traduit en français [7]. Combien de divisions ? 1300 groupes dans 43 pays. C’est encore petit par rapport à – au hasard - Smithfield, Cargill, ou Exxon.
Mais ce sont des histoires vraies, du local et du résilient, avec des idées tournées « vers l’avenir, de façon optimiste et pratique  ». Dans la liste des initiatives de Hopkins, le Festi-Tour gersois à Auch, les Repar’Cafés à Paris, les Colibris à Bordeaux, vanneries et manger local à Semur-en-Auxois, le verger à Saint-Quentin-en-Yvelines pour la France et les maraîchers bio et les achats solidaires à Ath et GeT’iT pour filières locales / économie sociale à Grez-Doiceau en Belgique.

Qu’est-ce qu’il y a en commun à tous ces projets ? Ne pas connaître ou vouloir connaître les règles ou les obstacles. Cela fait sens en suivant le regard de Victor Hugo : « Vous voulez des pauvres secourus, nous voulons la misère supprimée ».
C’est bien pour cette raison que les deux dimensions et approches illustrées ici, bottom-up et top-down, rentrent dans la démarche de l’Institut Michel Serres.

Ioan Negrutiu, 5 janvier 2015,

Avec les Meilleurs Vœux 2015 de l’Institut Michel Serres

Et pour la période des voeux, voici quelques idées de chansons écologiques - musique contestataire, résignée, militante (sélection inspirée par zyvamusic.com).

  • Léo Ferré, Le temps du plastique
  • Jean Ferrat, Restera-t-il un chant d’oiseau ?
  • Bob Dylan, A hard rain is gonna fall
  • Serge Gainsbourg, Torrey Canyon
  • Jean-Michel Jarre, Oxygen (album)
  • Banlieu Rouge, Tchernobyl
  • Assasin, Ecologie : sauvons la planète
  • HK et les Saltimbanks, Niquons la planète
  • Tryo, L’hymne à nos campagnes
  • Yannick Noah, Aux arbres citoyens
  • Stromae, Humain à l’eau.

Publié ou mis à jour le 12 janvier 2015