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Les ressources génétiques, une approche sociologique

De la diversité des modes d’existence du vivant : une approche sociologique par Fabien Milanovic

Recherche financée par la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), rapport disponible sur le site de la FRB,
une plaquette de présentation synthétique du rapport est également téléchargeable

Jusqu’à la fin des années 1980, la gestion des ressources génétiques* était fondée sur la conception d’une nature au service des humains, leur offrant des richesses illimitées. La crise d’extinction de la biodiversité et le changement climatique ont ébranlé cette conception qui n’apparait plus soutenable sur le long terme. Dans ce cadre, la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) a financé une recherche sociologique qualitative pour explorer l’impact de ces changements sur les pratiques de gestion des ressources génétiques, en lien avec la biodiversité.

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Que deviennent les entités composant la biodiversité quand elles ne sont plus considérées comme des ressources inépuisables ou de simples moyens ?

C’est l’objet de la recherche de Fabien Milanovic, « De la diversité des modes d’existence du vivant : une approche sociologique ». En s’appuyant sur une enquête empirique articulant des observations in situ , des entretiens et des analyses documentaires, l’auteur a comparé différentes situations où sont engagées des entités vivantes (végétales et animales). Ces études de cas situés en France éclairent les types de relations qui se nouent entre société et nature. Les résultats de ses investigations montrent que l’usage, et même le statut des ressources génétiques, ont évolué dans les dispositifs qui les gèrent. Elles ne sont plus traitées seulement comme des « moyens » mais aussi comme des « fins », comme des êtres vivants à traiter avec attention. Ce changement s’inscrit plus globalement dans une évolution des rapports que nos sociétés entretiennent avec la nature. La relation utilitariste qui était largement prédominante fait progressivement place à des rapports moins anthropocentrés (parce que davantage « écocentrés ») et moins instrumentaux (parce que plus territorialisés, avec des tenants identitaires plus prégnants).

En se diversifiant ainsi, les relations entre nature et société induisent de nouvelles pratiques de socialisation du vivant avec lequel il convient désormais de composer tout en préservant sa diversité et son potentiel d’adaptation. Ces pratiques peuvent être compatibles entre-elles, s’articuler les unes aux autres. Elles sont également susceptibles d’entrer en conflit. Les peupliers, par exemple, ne doivent-ils être cultivés que pour produire du bois, ou cette production doit-elle tenir compte d’autres objectifs, comme la biodiversité, ou le partage de l’espace (les peupliers marquent les paysages, leur culture prend la place d’autres pratiques, et donc d’autres rapports au territoire) ?
À travers ces liens serrés entre processus écologiques, activités humaines et territoires, à travers la pluralité des modalités d’existence du vivant (ressources versus êtres), c’est toute la complexité des enjeux politiques de gouvernement du vivant qui se donne à voir, en termes de coexistence, de réglage des usages et de concurrence des espaces.

  • Les ressources génétiques sont conventionnellement définies comme étant du matériel d’origine végétale, animale, microbienne ou autre, doté d’une valeur effective ou potentielle et contenant des « unités fonctionnelles de l’hérédité » (voir la Convention sur la Diversité Biologique de 1992). Cette définition renvoie à l’histoire de la génétique : cette discipline s’est institutionnalisée au début du XXe siècle dans les universités (en tant que programme de recherche destiné à étudier les mécanismes de l’hérédité) et dans le domaine de l’agronomie (comme outil d’innovation variétale et d’hybridation des plantes). Dans cette perspective, les végétaux, parce qu’ils sont appréhendés comme matériau élémentaire à mobiliser dans des activités rationnelles de connaissance et d’« amélioration génétique », sont qualifiés de « ressources génétiques ». Celles-ci peuvent être des semences ou de l’ADN d’espèces cultivées et apparentées conservées dans des banques de graines, des variétés locales conservées à la ferme, ou encore des espèces sauvages apparentées ou forestières conservées dans leur habitat naturel. Voir les articles du dossier sur les ressources biologiques coordonné par F. Milanovic dans la Revue d’Anthropologie des Connaissances (2011, n°2).

Publié ou mis à jour le 23 avril 2014