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La recherche ne doit pas décrocher par Alain Prochiantz

Alain Prochiantz, professeur au Collège de France, dans sa tribune parue dans le Liberation Sciences du 13 février 2014,
nous fait partager sa vive inquiétude concernant les orientations des politiques menées en matière de recherche publique, l’appauvrissement des ressources et des moyens alloués à ce domaine...entrainant la raréfaction des possibilités d’investissement et par voie de conséquence, la désaffection des vocations pour les filières et métiers de la Recherche....

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« Nous ne cessons de constater une désaffection des étudiants pour la recherche. Il fut un temps où la presque certitude d’un emploi et une grande liberté d’investigation compensaient les salaires modestes de la fonction publique. Mais ces mêmes salaires, plus une recherche contractuelle sans forte probabilité d’embauche, tardive quand elle a lieu, et une liberté intellectuelle qui se réduit, détournent les jeunes de la recherche. A un niveau bac+5 et à un âge où il est fréquent qu’on fonde une famille, le choix se porte vers des métiers qui offrent des salaires et des perspectives de carrières raisonnables. Ce n’est bon ni pour la recherche académique, ni pour la recherche privée. Une nation soucieuse de son avenir devrait placer l’emploi scientifique au tout premier rang de ses préoccupations.

Rappelons que, grâce à la recherche publique, nous sommes la 4e ou 5e nation scientifique. Nous brillons par les succès en mathématiques (mesurés par le nombre des médailles Field) et dans les sciences expérimentales avec, depuis 2005, pas moins de sept savants travaillant dans des laboratoires français et récipiendaires du prix Nobel (Yves Chauvin, chimie 2005 ; Albert Fert, physique 2007 ; Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, physiologie ou médecine 2008 ; Jules Hoffmann, physiologie ou médecine 2011 ; Serge Haroche, physique 2012 ; Martin Karplus, chimie 2013). Ces savants ont bénéficié de conditions aujourd’hui refusées à leurs élèves.

Notre position est enviée et le manque de soutien à notre recherche fondamentale, secteur où l’euro investi a le plus fort effet de levier sur le long terme, est incompréhensible. Il manque entre 2 et 3 milliards à la recherche publique. Cette somme permettrait d’augmenter les crédits allant directement dans les meilleures équipes. Elle permettrait aussi de créer un institut Max-Planck à la française pour conserver et attirer les chercheurs les plus brillants en leur donnant les moyens d’une recherche libre. Enfin et surtout, une part de ce budget supplémentaire irait à l’embauche de jeunes chercheurs, plus tôt dans leur carrière et à des salaires plus élevés. »
Lire l’intégralité de la tribune sur le site de Libération

Publié ou mis à jour le 22 février 2014