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2 - L’interdisciplinarité pour le long terme, cap sur les ressources


Ceci est une proposition pour que des enseignants-chercheurs, toutes disciplines confondues, acceptent de constituer un groupe de travail sur la vaste problématique des biens publics
 [1] et des ressources afin d’adapter leurs usages à une vision du monde plus humaine, plus durable, moins inégalitaire, plus respectueuse de l’environnement. Le groupe de travail participe à la création de l’« Institut Interdisciplinaire Ressources et Biens Publics ». L’institut s’engage dans des activités d’enseignement et de recherches sur cette problématique, qu’il diffuse dans toutes les sphères du monde universitaire et de la société.

Concrètement, si la compréhension et l’optimisation de toutes les ressources représentent des tâches de première urgence, la mise en phase de vastes ensembles de ressources optimisées afin d’assurer leur gestion raisonnée et intégrée constitue un vrai défi sociétal. Ce défi nécessite une convergence des savoirs et la réciprocité des savoir-faire ; c’est dans cette inter-fertilité du concret et des concepts que peuvent surgir les nouveaux espaces, comme ceux de la redéfinition des périmètres des biens publics, d’une justice plus globale dans leur allocation, de la gestion raisonnée et intégrée de l’ensemble des ressources.
C’est la raison pour laquelle, à présent, cette problématique doit être placée en amont de tous les autres grands enjeux (biodiversité, réchauffement / dérèglement climatique, crise énergétique etc), qu’elle peut inclure et auxquels elle apporte des fondements indispensables. On parle à ce propos depuis quelque temps de souveraineté alimentaire, de sécurité énergétique ou climatique etc comme des nouvelles frontières politiques.

Sciences et technologies – la face sombre du métier

L’extraordinaire anthropisation de la planète est assortie d’un extractivisme dévastateur de toutes les ressources qui sont exploitées en totale déconnexion avec leurs coûts environnementaux et/ou sociaux. Le paradoxe aujourd’hui réside dans le fait que nous sommes capables de comprendre la biosphère, ses ressources et les mécanismes sous-jacents depuis le niveau moléculaire et jusqu’au niveau écosystémique, mais cette compréhension des dynamiques et des équilibres subtils et fragiles ne change rien d’essentiel au « business as usual ». On dit que le marché n’est pas capable de dire la vérité écologique [2]. Or l’écologie est un cadre conceptuel de référence pour beaucoup de biens publics / communs et beaucoup de ressources. Mais la politique dominante est en froid avec les biens publics et l’économie est en conflit avec les lois de la biosphère, son système-support, son système-ressources : on pense que l’environnement et les ressources font partie de l’économie. Il en résulte un processus de captation et de monopolisation des ressources / des richesses.
On discerne implicitement une contradiction entre notre mode de développement et des exigences éthiques d’égalité et de dignité allant jusqu’à porter atteinte aux droits fondamentaux des citoyens. Les inégalités les plus criantes concernent le monde rural dans lequel se concentrent injustices sociales, inéquités économiques et environnementales, avec comme corollaire une fragilisation rapide des agricultures et des paysanneries [3]. Une vraie crise anthropologique (voir par exemple http://www.droit-aliments-terre.eu et le blog http://leblogdefrancoisdutilleul.blogspot.com).

La science et la technologie ont accompagné et ont souvent amplifié cette évolution. Prenons les sciences du vivant, au sens large, avec une longue liste de dérives ou de crises éthiques et socio-économiques. Ou les mathématiques appliquées à la finance dans le paysage d’une économie informatisée très nerveuse et impulsive. Ou encore la course « multidisciplinaire » dans les recherches militaires ou celle, toute récente, pour la conquête des richesses arctiques.
Cette situation affecte directement les problématiques mêmes des recherches, leur financement et l’orientation des développements technologiques. Il est clair aussi que la société s’interroge sur les liens de la science et des scientifiques avec le pouvoir, le marché, la démocratie. Etienne Klein (Galilée et les Indiens, Flammarion 2008) le dit : il faut remonter à la 2e Guerre Mondiale pour voir la science devenir « une sorte de puissance globale, à la fois technique, industrielle, économique et militaire ». Depuis, « à travers les controverses que les applications de la science suscitent, ce n’est rien de moins que la question politique du projet de la cité, de ses fins, qui se trouve aujourd’hui posée : que voulons nous faire socialement des savoirs et des « pouvoirs-faire » que la science nous offre ? Les utiliser tous, par principe ou au nom du progrès, ou les choisir, faire du cas par cas ? » [4]
En effet, « L’Europe … calcule davantage qu’elle ne pense ». Il est clair que depuis les années 60, les pays de l’OCDE n’ont pas construit une société de la connaissance, mais une « société de l’usage des technologies, celle d’un monde normé par l’utilité des savoirs ». En d’autres termes, la science se construit en permanence par ses missions publiques qui évoluent, par ses règles de déontologie qui s’estompent ou plient, par son éthique même qui est remise en cause par le jeu des intérêts économiques et politiques à court terme. La science et les technologies ont donc laissé glisser l’humanité vers des développements insoutenables à plusieurs niveaux : économique, écologique, social, culturel.

Que peuvent faire les scientifiques aujourd’hui ?

« The world looks so different after learning science », disait Bruce Alberts dans son éditorial de décembre 2008 dans la revue Science. Au moment où les politiques s’accordent à dire qu’en Europe l’avenir s’écrit à l’Université (la société de la connaissance), on se (re)demande à quoi et à qui sert l’Université, ses savoirs, sa philosophie, sa recherche publique, sa propriété intellectuelle ? Quel sens et quelle finalité de l’existence humaine éclairent donc notre science ? Qui peut encore tracer les grandes orientations des évolutions sociétales dans un monde dans lequel mondialisation et privatisation ont désarticulé le politique [5] ?
En attendant des réponses satisfaisantes à ces questions, le groupe de travail estime que la voie actuelle de développement n’est pas la bonne. Il est donc important de participer collectivement à l’émergence d’un nouveau projet. Pour ce faire, il faut commencer par repenser, avec cohérence et en synergie, ses éléments constitutifs, fondamentaux : les biens publics et les ressources.

Les expertises collectives et les recommandations du Milenium Ecosystem Assessment 2005 (MEA, http://www.maweb.org/en/index.aspx), du Groupe d’experts Internationaux sur l’Evolution du Climat 2007 (GIEC), des océanographes (Déclaration de Monaco, février 2009), les divers travaux sur la biodiversité en 2010, sans oublier l’expertise « Pesticides » de l’INRA, ont ouvert la voie en réussissant à mobiliser les volontés politiques institutionnelles et la société civile sur des problèmes de première urgence pour l’avenir. Il est important de continuer sur cette lancée. C’est pourquoi le groupe de travail va s’intéresser aux aspects suivants, à considérer comme un tout :

  • 1. penser et agir globalement par l’interdisciplinarité, avec une éthique « sans frontières » dans l’enseignement et la recherche publique [6] ;
  • 2. centrer le travail de formation, définir des priorités thématiques en recherche publique sur les biens publics et porter la question des ressources au cœur des politiques publiques.

Ces approches intégrées, sorte d’expertise collective permanente, devraient permettre de mieux comprendre les dynamiques et le sens du développement de nos sociétés. Ces savoirs sont indispensables pour faire changer radicalement, culturellement et politiquement, le modèle de société actuel. Voilà un défi et une mission pour l’Université.

Penser et agir globalement - explorer l’interdisciplinarité pour structurer et contextualiser les savoirs et faire des choix de société et de technologie raisonnés

Nous excellons encore dans le penser et agir en tranche. Passer à une cohérence globale dans la compréhension claire et objective des enjeux, pour faciliter les actions collectives, pour canaliser, donner du sens aux débats et conflits sociaux et environnementaux, n’est pas envisageable sans une participation majeure du monde universitaire. La liberté universitaire, l’association inextricable entre enseignement et recherche, entre recherche fondamentale et ses applications, la juxtaposition des diverses disciplines et l’insertion dans les problématiques à la fois globales et locales, s’expriment au mieux lorsqu’il y a un engagement collectif des universitaires et des chercheurs eux-mêmes.

Cette prise de responsabilité collective cherche à favoriser un meilleur rapport entre la légitimité démocratique et l’expertise scientifique publique. Comment ? En utilisant cette interdisciplinarité comme forme de liberté académique ultime et comme interface entre la société civile et les systèmes de gouvernance.
Dans tous les cas de figure, cette approche va avoir des conséquences sur notre manière d’appréhender collectivement le sens des limites, d’adhérer à des valeurs qui structurent l’intérêt collectif, d’inciter au niveau politique la prise de décisions structurelles pour le long terme.

L’aide à la décision politique – priorité à une démarche collective pour s’approprier l’analyse et l’évaluation intégrale et intégrée des biens publics et des ressources

La science est un bien commun et une ressource qui possède une extraordinaire particularité, celle de pouvoir embrasser, comme objet d’étude et de recherche, tout autre bien et toute autre ressource.

Sciences et société, sciences et libertés sont des couples fragiles, d’où le besoin de s’assurer que les universités et les structures de recherche opèrent comme des carrefours de la société civile, du monde politique et économique à la fois.

Non seulement pour la diffusion des savoirs, mais également pour définir des objectifs d’intérêt public : guider la demande sociétale, faciliter le financement des projets émergents de la société civile, montrer que tout est lié et que c’est dans le grand bazar des disciplines réunies que l’on trouve ces liens à des niveaux crédibles d’expertise. Les appels d’offre interdisciplinaires sont dans l’air du temps, mais il n’y a pas de vrai fil conducteur pour mettre cette interdisciplinarité au service d’un projet de société. Ni le European Research Council, ni le Comité de pilotage de la Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation [7], ni le Grenelle de l’environnement ne semblent aller assez loin dans ce sens. Plus récemment, les initiatives de l’INRA (la consultation « Eclairer et anticiper : les fonctions d’expertise et de prospective ») ou le Rapport au président Sarkozy par la commission présidée par les prix Nobel Joseph Stiglitz et Amartya Sen (14 sept 2009 ; qui préconise le changement d’instruments de mesure favorisant une nouvelle forme de développement économique, durable, plus égalitaire, plus respectueuse de l’environnement), annoncent des prises de conscience en progression.

Dans ce contexte, le groupe de travail se donne comme premier objectif la création de l’ « Institut Interdisciplinaire Ressources et Biens Publics », le 2IRBP. L’institut va œuvrer pour mettre en synergie des priorités sociétales de premier plan, en s’investissant dans des programmes structurés ayant comme problématique transversale les biens publics et l’ensemble des ressources afin de les intégrer dans des stratégies publiques de développement.

Prenons l’exemple des ressources. Des ressources relativement spécifiques représentent des objets d’études pour l’une ou l’autre de nos disciplines et constituent donc un dénominateur conceptuel commun de premier ordre entre les diverses disciplines. Dans le cas des ressources naturelles, c’est la géographie, la biologie et la géologie qui se partagent leur analyse. Cette situation a toujours été propice à un dialogue plutôt naturel entre ces disciplines et a souvent facilité des convergences ou des synergies thématiques. Leurs recherches interdisciplinaires pourraient aboutir, entre autres, à des outils d’analyse permettant d’évaluer l’état de ces ressources et de comprendre leur dynamique afin de mieux jauger la viabilité (ou la vulnérabilité) socio-économique et environnementale des territoires. Cette façon de faire reste transposable à toute autre association de disciplines. Dans l’ensemble, cette approche devrait faciliter la recherche de stratégies alternatives de développement et l’aide à la décision politique et économique.

Dans cette optique, l’2IRBP devrait intégrer dès le début des compétences en philosophie, histoire des sciences et sciences de la communication, afin de donner à l’ensemble le recul et la cohérence nécessaires pour le partage avec et la diffusion des travaux réalisés vers le grand public.

Projets pédagogiques associés

Dans la démarche d’appropriation présentée plus haut, la dimension formation est une partie intégrante et d’une actualité aiguë. Quels savoirs enseigner aux générations actuelles d’étudiants ? Toutes les sciences sont concernées, mais l’exemple des sciences économiques est un des plus parlant aujourd’hui : il est question de la faillite répétée de l’économie (au moins dans les domaines comme la macroéconomie et l’économie financière) comme branche du savoir [8].

Pour faciliter la transversalité et le dialogue entre les disciplines, des cours de type « Sciences et société » et des enseignements analysant dans chaque discipline les développements conceptuels et méthodologiques censés participer aux évolutions de la société seront appelés à se généraliser. Un exemple dans ce sens est l’ouvrage de François Gros de l’Académie, « Une biologie pour le développement » (Ed. EDP Sciences), présenté à l’occasion de BioVision 2009 à Lyon. Se dessine ici toute la dimension éthique de cette approche [9]

Des étudiants ainsi sensibilisés et préparés « transversalement » seront invités à participer aux travaux du 2IRBP afin d’apprendre à communiquer et à œuvrer dans des environnements interdisciplinaires. L’IXXI à Lyon (http://www.ixxi.fr) et DYLAN (http://www.dylan-project.org), un projet UE interdisciplinaire), peuvent servir de modèle.

La construction des compétences et l’appropriation concertée des savoirs « biens publics et ressources » par le monde universitaire en vue de leur diffusion dans la société par des multiples canaux constituent le deuxième objectif du groupe de travail.

Conclusion

Cette démarche « biens publics et ressources » proposée au monde universitaire est un « grand défi ». Elle appelle une vision d’ensemble cohérente sur la production des connaissances croisées sur les sociétés humaines, elle veut mettre la science au service de la société pour le court et le long terme à la fois, en mettant au goût du jour les biens publics. Elle veut aider à mieux définir le progrès que l’on veut, par un meilleur cadrage des finalités et un bon usage du progrès technologique. Optimiser et phaser la gestion des ressources est un projet transversal de recherches fondamentales, car il couvre toutes les disciplines et se propose d’aller aussi bien en profondeur qu’aux interfaces des choses. Il est donc d’intérêt sociétal évident, même si la définition et la pédagogie de la demande sociétale restent à faire. Il a la volonté d’inciter à faire des choix plus clairs dans l’organisation et le financement de la science : au gouvernement de fixer ses priorités stratégiques en fonction de sa politique, aux industriels de financer la R&D, à la société de veiller à la production des savoirs, à leur mise en perspective afin de redéfinir les espaces des possibilités ouvertes, de mieux formuler nos questions et nos idées sur l’avenir, sur le projet collectif de demain.

Remerciements

Les points de vue exprimés ici doivent beaucoup aux contributions et/ou aux encouragements de Paul Arnould, Olivier Faron, Christian Henriot, Wendy Leeds-Hurwitz, Yves Le-Lay, Marie-Claude Maurel, Michel Morvan, Violette Rey, Michel Serres. Mais également aux discussions avec Etienne Klein et Guillaume Lecointre. Je remercie tout particulièrement la jeune équipe pédagogique qui s’est investie avec courage dans une analyse-inventaire sur les ressources naturelles : Florian Douam, Morgane Ollivier, Emmanuel Pasco, Jonathan Schnabel. Last but not least, je remercie Nigel Briggs pour la version anglaise de ce texte.

Définitions

Un bien public (http://fr.wikipedia.org/wiki/Biens_publics) « est, en science économique, un bien ou un service dont l’utilisation est non rivale et non exclusive c’est-à-dire :

  • non-rivalité : la consommation du bien par un agent n’empêche pas sa consommation par un autre (les agents ne sont pas rivaux pour la consommation du bien. Par exemple, le fait que je respire ne prive pas les autres d’air.
  • non-exclusion : tous les agents ont librement accès au bien.

Le contrôle des épidémies ou la défense nationale sont des archétypes de bien public.

La notion de bien public est une des quatre catégories issue du découpage selon l’exclusion et la rivalité, les trois autres étant le bien de club (non-rival exclusif), le bien commun (v. plus bas) ou bien public impur (rival non exclusif), et le bien privé (rival exclusif).

Dans un monde fini et techniquement évolutif, ces deux conditions (non-rivalité, non-excluabilité) sont rarement absolue. Chaque bien est un construit socio-historique et économique qui peut aller du purement privé au bien public mondial pur en passant par tout un continuum.

Le même bien sera donc, selon les conditions, un bien public pur (assez loin des seuils) ou un bien public impur (un seuil est franchi à partir duquel la rivalité — éventuellement l’excluabilité — apparaît) ; comme bien public à libre accès peut faire l’objet de gaspillage, l’évolution spontanée de la situation peut facilement la rapprocher d’un seuil où le bien cesse d’être un bien public pour devenir un bien commun qui pose des questions de gestion différentes.

On parle aussi de bien public mondial (ou bien public global), pour des biens publics très étendus (par exemple : la qualité de l’air, la biodiversité, la situation climatique mondiale,...), bien que cette notion soit l’objet de critiques virulentes et loin d’être stabilisée et unifiée. L’idée des biens publics globaux appartient au PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) en 1999 (traduction de l’anglais Global Public Goods). Il est question d’une vision écologique et humaniste reposant sur le fait que les prélèvements actuels sur les ressources naturelles ne permettent pas un développement soutenable et posent la question de la survie des prochaines générations ».

Réf :
L’avancée des biens publics - Politique de l’intérêt général et mondialisation .Bernard Gazier, Collectif, 2006 Albin Michel Collection : Bibliothèque d’économie

Les biens communs : « Tout ce qui est sujet à usage partagé, voire gratuit. La tragédie des biens communs, ou tragédie des communaux, est une classe de phénomène économique décrivant une compétition pour l’accès à une ressource limitée, menant à un conflit entre intérêt individuel et bien commun. L’expression a été popularisée par un article de Garret Hardin paru dans Science en 1968, intitulé « The Tragedy of the Commons ». Le texte original décrit comment l’accès libre à une ressource limitée pour laquelle la demande est forte mène inévitablement à la sur-exploitation de cette ressource et finalement à sa disparition (Wikipédia). Trouver une solution à la tragédie des biens communs fait partie des problèmes récurrents de la philosophie politique, mais l’attribution du prix Nobel d’économie 2009 à Elinor Ostrom (avec son « Understanding knowledge as a commons ») pose la question des communs dans le registre recherché ici : sens collectif, lieux d’expression et de négociation de la société ».

The commons. : Subject to common use. The tragedy of the commons is a metaphor for the public goods problem that it is hard to coordinate and pay for public goods. (http://economics.about.com/od/economicsglossary/g/tragedy.htm).
The drama of the commons, 2002 National Researh Council USA, http://search.nap.edu/nap-cgi/de.cgi?term=the+drama+of+commons&x=0&y=0

Common pool resources (CPR) are characterised by the difficulty of excluding actors from using them and the fact that the use by one individual or group means that less is available for use by others. (The latter point distinguishes CPR from pure public goods which exhibit both non excludability and non rivalry in consumption). CPRs include some fisheries, irrigation systems and grazing areas.
Francais : Ressources communes

Les ressources : il s’agit de ressources naturelles, humaines, économiques, institutionnelles, connaissances. Leurs contenus sont très divers, allant de ressources très matérielles, comme les productions des agro-écosystèmes, l’énergie, la biodiversité, les trames de peuplement…aux ressources humaines les plus variées, jusqu’aux plus immatérielles comme les ressources institutionnelles.

En 1910, T. Roosevelt disait « The nation behaves well if it treats the natural resources as assets which it must turn over to the next generation increased, and not impaired, in value ». (http://www.todayinsci.com/R/Roosevelt_Theodore/RooseveltTheodore-Quotations.htm)

En 1992, la question des ressources était clairement posée lors du sommet de Rio. Aujourd’hui, elle est systématiquement évoquée dans toutes les sphères d’activité et de décision.
En partie, l’économie, c’est la transformation des ressources à l’aide de l’énergie (Enjeux Les Echos, nov 2009, p. 40).
A noter aussi que la question centrale dans la philosophie de Akeel Bilgrami (Heyman Center for the Humanities, Columbia University) est le basculement du concept de « nature » à celui de « ressources naturelles ».

Publié ou mis à jour le 15 janvier 2013

Notes

[1Dans l’ensemble, les initiatives sont plutôt ponctuelles : il a été proposé d’inscrire dans la Constitution française la « charte des services publics » (www.referendum-servicespublics.fr).
Citons pour les Etats Unis, Science next : Innovation for the common goods, à www.americanprogress.org) ou Science in the Public Interest (CSPI in Washington, as a non-profit watchdog). Enfin, la question du climat comme « bien public mondial », dans les coulisses du sommet de Copenhague (Libération, 6 déc 2009, pXXIV).

[2L Brown, www.earthpolicy.org/Books/PB3/index.htm et pour la France le rapport « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes », avril 2009. La question des rapports entre l’économie et son socle environnemental est posée en termes de la valeur marchande de la nature : des services de la biosphère et de la régénération des ressources renouvelables.

[3Voir notamment l’Etude du Conseil Economique et Social, Faim dans le Monde et Politiques Agricoles et Alimentaires : Bilan et Perspectives, 2008 ; une mise à jour dans Libération du 15 oct 2009. Voir aussi le projet UE EAGLES 2008 et le Forum BioVision Lyon, 2009. Pour la spéculation sur les prix des denrées alimentaires, 140 fonds indexés partiellement ou totalement sur les prix des matières premières agricoles ont été lancés en février 2008 dans l’UE seulement (Libération, 13 mai 2008). Plus généralement, consultez « Pour une exception de citoyenneté », William Bourdon, Libération 24-26 déc 2010, p. XVI.

[4La tentation forte d’un pilotage politique de la recherche suggère non seulement une méfiance déplacée du monde politique à l’égard du monde académique, mais illustre bien la dérive du premier vers une approche à court terme des évolutions sociétales et un lien particulièrement étroit entre décideurs politiques et les lobbies du CAC40.
Le monde politique demande aux scientifiques de se mettre au service, en plus de l’économie marchande, de la « demande sociétale / commande sociale ». Ceci paraît très légitime. Mais par quel canal vient cette commande, qui la décrypte et qui lui donne du sens ?

[5voir, par exemple, Les grands dossiers des sciences humaines 10 (2008) Florence Motto, « L’histoire a-t-elle encore un sens ? », pp. 44-47 et Edgar Morin, dans « Que reste-t-il de l’universel européen ? », Libération du 27 nov 2009, p. 23.

[6Pour un point de vue différent, voir J. Testart, Qui expertisera les scientifiques ? Le Monde diplomatique, déc 2010, p.13

[7http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid22707/installation-du-comite-de-pilotage-de-la-strategie-nationale-de-recherche-et-d-innovation.html(13 octobre 2008). Le comité devra notamment identifier les grands enjeux socio-économiques auxquels notre recherche doit pouvoir répondre. Ils se regroupent autour de quatre grandes familles : les défis sociétaux, les défis de la connaissance, les défis liés à la maîtrise de technologies-clefs et les défis organisationnels permettant d’optimiser les interactions entre les différents acteurs impliqués dans les domaines de la recherche et de l’innovation. Ces « défis » seront approfondis au sein des groupes de travail du début du mois de novembre à mars 2009. Ces travaux seront mis en débat à l’occasion d’une large consultation regroupant la communauté scientifique, le monde de l’entreprise, et les autres porteurs d’enjeux afin d’élaborer un rapport final. La stratégie nationale de recherche et d’innovation a été présentée par Valérie Pécresse en Conseil des ministres, en mars 2009.
Voir aussi au MESR, Quels projets pour le grand emprunt national ?, séminaire du 6 octobre inspiré par la stratégie nationale de recherche et innovation ; http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid49046/programme-seminaire-de-reflexion-snri-quels-projets-pour-le-grand-emprunt-national.html?preview=1)

[8Dossier dans L’Echo, 10-12 oct 2009 / Qui peut encore croire un économiste ? « … La plupart des prix Nobel d’économie des dix dernières années ont été décernés à des scientifiques mettant en question l’hypothèse d’efficience des marchés ». Apparemment sans susciter de réflexion de fond, ni de révision des théories économiques. Ce qui pose des questions sur le système universitaire en général et le poids de l’enseignement disciplinaire dominant dans une période d’asservissement de l’université à l’économie.
Consulter également Tom Schmitz, « HEC, école de l’acquiescement au libéralisme ». Libération 3 déc 2010, p. 23.

[9voir par exemple, la question d’une éthique environnementale, cf. Ethique et environnement à l’aube du 21e siècle , http://vertigo.revues.org/9810 , (mars 2010)
« Dans un contexte marqué (…) par des dégradations majeures affectant les milieux naturels (…), ou encore par la raréfaction de ressources inégalement réparties dans l’espace (…), le domaine de définition des choix et la construction des décisions économiques ou politiques ne peuvent être considérés sans une réflexion sur les contours d’une nouvelle éthique environnementale pour affronter de nouveaux risques environnementaux et déterminer les réponses adéquates pour nous-mêmes et pour les générations futures. Cette perspective implique de réfléchir à la définition de nouveaux principes d’action susceptibles de modifier le comportement des acteurs en rendant compte notamment de la temporalité des choix de long terme (intra et intergénérationnel), des échelles spatiales au sein desquelles les phénomènes naturels opèrent, des irréversibilités associées à l’altération de certaines ressources environnementales ou à la complexité des interactions en jeu ».
Voir aussi J-F Pierron, Penser le développement durable, 2009, Ellipses.